IFSI · DÉBUT DE FORMATION
Les anticoagulants,
sans se noyer
Réparer sans boucher : ce que font ces médicaments, et ce que vous surveillerez
Vous débutez : personne n’attend de vous que vous connaissiez déjà ces molécules. Nous partons d’une brèche dans un vaisseau, et nous avançons pas à pas.
D’après le support de Vincent Zaugg · IFSI Mende · septembre 2026
AVANT DE COMMENCER
Une question en stage
En stage
Comprendre les anticoagulants et leurs voisins, c’est savoir quoi observer, quoi expliquer et quoi transmettre à l’équipe.
AVANT DE COMMENCER
Ce que vous saurez, ce qui peut attendre
À la fin, vous saurez…
- expliquer trois verbes : assembler, consolider, démonter ;
- dire sur quel levier agit chaque famille ;
- relier une famille à sa surveillance ;
- reconnaître un saignement à transmettre.
Pas besoin de retenir aujourd’hui
- les numéros de tous les facteurs ;
- les doses et les protocoles ;
- les noms commerciaux ;
- les tableaux d’interactions.
Rien ne se perd
LE MODÈLE À GARDER
Réparer, sans boucher le tuyau
Suivez une brèche, étape par étape, avec les flèches.
« Un caillot est un bon réparateur et un mauvais voyageur. »
Utile sur une brèche ; dangereux s’il bouche un vaisseau sain, ou s’il se détache et voyage dans le sang.
- La brèche : la paroi du vaisseau est lésée, le sang s’échappe.
- Assembler : les plaquettes s’accrochent et forment un premier bouchon.
- Consolider : la fibrine tisse un filet qui renforce le bouchon.
- Démonter : une fois la paroi réparée, la plasmine découpe la fibrine.
LE MODÈLE À GARDER
Une image : le bouchon, le filet, les ciseaux
Le bouchon, le filet et les ciseaux
Dans l’imageDans le corps
- Le bouchon→les plaquettes assemblées
- Le filet de renfort→la fibrine
- Les ciseaux→la plasmine, qui découpe la fibrine
Là où l’image s’arrête : les protéines ne sont pas des outils conscients, les trois temps se chevauchent, et l’image ne donne ni délai ni dose.
Astuce

TROIS LEVIERS
Trois verbes, trois familles
Antiagrégants
freinent assembler : les plaquettes s’accrochent moins.Anticoagulants
freinent consolider : moins de fibrine produite.Fibrinolytiques
accélèrent démonter : la fibrine d’un caillot est découpée.
« Avant de retenir un nom, cherchez le levier. »
Héparines, AVK et AOD sont trois groupes d’anticoagulants : même levier, mais des mécanismes et des suivis différents.
TROIS LEVIERS
À vous : quel levier ?
Un traitement empêche les plaquettes de s’accrocher les unes aux autres. De quelle famille s’agit-il ?
Les anticoagulants freinent la coagulation, qui produit la fibrine : ce n’est pas l’accrochage des plaquettes.
Les fibrinolytiques démontent la fibrine d’un caillot déjà formé : ils n’agissent pas sur l’accrochage des plaquettes.
Oui. Empêcher l’agrégation, c’est freiner le premier verbe : assembler.
Après votre essai : corrigé n° 1 en fin de présentation.

TROIS LEVIERS
Un anticoagulant ne dissout pas le caillot
Il empêche le caillot de grandir ou de se reformer. Le corps peut ensuite, lentement, le démonter lui-même.
Petite histoire : la réserve de fil
Limite : dans le corps, fabrication et démontage se chevauchent ; l’image ne dit pas en combien de temps un caillot disparaît.
PREMIÈRE PAUSE
Ce que vous savez déjà
Trois verbes
Assembler, consolider, démonter.Trois familles
Chacune freine ou accélère un verbe.Un piège évité
Un anticoagulant freine ; il ne dissout pas.
Respirez
DU SIGNAL À LA FIBRINE
Lire la cascade par la fin
Les chiffres romains désignent des facteurs de coagulation : des protéines du sang qui s’activent en chaîne. Le « a » veut dire activé.
« Tous les chemins de la cascade mènent à la fibrine. »
- Le facteur X devient Xa : il est activé.
- Xa aide à transformer la prothrombine (II) en thrombine (IIa).
- La thrombine transforme le fibrinogène, dissous dans le sang, en filaments de fibrine.
- Freiner Xa ou IIa, c’est moins de fibrine : c’est là qu’agissent héparines et AOD.
CHAQUE FAMILLE, SON SUIVI
L’héparine prête main-forte au frein
L’organisme possède un frein naturel, l’antithrombine. L’héparine s’y lie et renforce son action contre Xa et la thrombine.
« L’héparine ne freine pas seule. »
Piège fréquent
CHAQUE FAMILLE, SON SUIVI
AVK : un effet qui s’installe
Mme L. s’étonne : « Je prends bien mon comprimé, pourquoi l’effet n’est-il pas encore complet ? »
« Un AVK agit sur les pièces à venir, pas sur celles déjà livrées. »
Limite : la durée exacte dépend de la personne et de la molécule ; c’est l’INR, lu par l’équipe, qui renseigne.
- Le foie, comme un atelier, fabrique des facteurs de coagulation qui partent dans le sang.
- L’AVK freine le recyclage de la vitamine K : moins de facteurs neufs capables d’agir.
- Les facteurs déjà livrés continuent de servir : l’effet s’installe en quelques jours.
CHAQUE FAMILLE, SON SUIVI
Un INR se lit contre sa cible
L’INR est un rapport sans unité : proche de 1 sans AVK, il augmente quand le sang met plus de temps à coaguler dans le test.
Petite histoire : deux thermostats
CHAQUE FAMILLE, SON SUIVI
À vous : un INR à 4,2
La cible prescrite est 2–3. L’INR mesuré est 4,2. Que retenez-vous ?
Il n’existe pas de limite « sous 5 » valable pour tous : on compare à la cible prescrite, ici 2–3.
Oui. 4,2 dépasse la cible : le risque de saignement doit être évalué et transmis, sans décider seul d’une dose.
C’est l’inverse : plus l’INR est élevé, plus le sang met de temps à coaguler dans le test.
Après votre essai : corrigé n° 2 en fin de présentation.
CHAQUE FAMILLE, SON SUIVI
AOD : pas d’INR, mais un suivi
Apixaban, rivaroxaban : ils bloquent Xa ; dabigatran : la thrombine. Pas d’INR pour régler la dose.
« Pas d’INR ne veut pas dire pas de suivi. »
Petite histoire : la voiture sans voyant
IDÉES REÇUES
Vrai ou faux ? Retournez les cartes
Touchez une carte pour la retourner.
IDÉES REÇUES
À vous : quel examen ?
Un patient reçoit de l’énoxaparine. Un collègue propose de regarder son INR pour savoir si le traitement « marche ». Qu’en pensez-vous ?
Oui. L’INR sert au suivi des AVK. Sous HBPM comme l’énoxaparine, une mesure n’est pas systématique ; si elle est indiquée, c’est un dosage anti-Xa adapté.
L’INR n’est pas un test universel : il sert au suivi des AVK.
Piège fréquent : le TCA peut suivre une HNF curative, mais il ne permet pas de régler l’énoxaparine.
Après votre essai : corrigé n° 3 en fin de présentation.
DEUXIÈME PAUSE
Déjà cinq repères solides
Trois verbes
Assembler, consolider, démonter.Héparine
Elle renforce le frein naturel.AVK
Un effet qui s’installe ; un INR lu contre sa cible.AOD
Pas d’INR, mais un suivi.Un examen, une question
Chaque famille a son suivi.
Respirez
OBSERVER, TRANSMETTRE
Un saignement à reconnaître
- visible : sang dans les urines, vomissement de sang, selles noires (méléna) ;
- plus discret : pâleur, fatigue inhabituelle, essoufflement.
« Un signe nouveau se transmet ; il ne s’interprète pas seul. »
Sans attendre
OBSERVER, TRANSMETTRE
Moins de plaquettes, et pourtant des caillots
Sous héparine, la TIH est une complication à connaître : des anticorps activent les plaquettes. Leur nombre baisse, et elles favorisent des thromboses.
Petite histoire : la fausse alerte
Votre rôle : transmettre vite une suspicion.
EN SITUATION
Ce qui peut changer malgré une dose stable
Sous AVK, une infection ou un médicament ajouté peut modifier l’effet du traitement. Un ancien INR dans la cible ne garantit pas que l’équilibre persiste.
L’équipe vérifie les interactions, les signes cliniques et le calendrier des contrôles d’INR. On ne calcule pas une nouvelle dose à partir de ce seul changement.
L’aspirine est un antiagrégant. Associée à un AVK, elle ajoute un autre levier et peut augmenter le risque de saignement ; on vérifie donc l’indication et la durée de cette association.
EN SITUATION
Mme Y : relier avant de conclure
Cas du support, p. 91–93. Mme Y, 82 ans, vit en EHPAD : fibrillation atriale, antécédent d’AVC, troubles de la déglutition. Elle prend un AVK, de l’aspirine et de l’amiodarone ; cible d’INR de 2 à 3.
Une infection est traitée par un antibiotique. Avant de révéler : que vérifiez-vous ?
- Identifier : l’acénocoumarol est un AVK, l’aspirine un antiagrégant ; deux leviers, et un risque de saignement qui s’additionne.
- Relier : une infection et un nouvel antibiotique peuvent déséquilibrer l’effet d’un AVK.
- Vérifier : le dernier INR, les signes de saignement, les interactions, notamment avec l’amiodarone, et la façon d’avaler les comprimés.
- Transmettre : les éléments nouveaux, pour que l’équipe réévalue le suivi de l’INR.
Après votre essai : corrigé n° 4 en fin de présentation.

EN SITUATION
Quelques jours plus tard…
Mme Y est essoufflée au repos, pâle, très fatiguée. Il y a du sang dans ses selles.
Quelle hypothèse ? Quelle priorité ? Que transmettez-vous ?
Hypothèse : un saignement digestif, avec une possible anémie ; une hypothèse, pas une certitude.
Priorité : alerter sans attendre, l’essoufflement au repos est préoccupant.
Transmettre : les signes et leur évolution, les constantes, les traitements et dernières prises, la cible et le dernier INR, l’antibiotique ajouté.
Après votre essai : corrigé n° 5 en fin de présentation.
« Identifier, relier, vérifier, transmettre. »

POUR FINIR
Expliquez-le à un proche
- Ce qui est freiné : la fabrication de facteurs capables d’agir, grâce à la vitamine K.
- Ce qui reste : les facteurs déjà présents.
- À quoi l’on compare l’INR : la cible prescrite.
L’AVK freine le recyclage de la vitamine K, dont le foie a besoin pour fabriquer des facteurs de coagulation capables d’agir. Les facteurs déjà présents continuent de servir quelques jours : l’effet s’installe donc progressivement. L’INR indique où en est cet effet, et on le compare à la cible prescrite.
Après votre essai : corrigé n° 6 en fin de présentation.
« Expliquer sans aide permet de repérer ce qui tient et ce qu’il faut reprendre. »
POUR FINIR
Si vous ne retenez qu’une chose
Trouvez le levier, puis la surveillance qui va avec. Et un saignement nouveau, ça se transmet.
Plaquettes, fibrine, plasmine : tout le reste du cours s’accroche à ces trois mots.
Respirez
POUR FINIR
Et maintenant, à votre rythme
Le cours reprend chaque idée, avec ses sources et des parcours selon votre temps :
Parcours 5 min10 min20 min40 minCours completOù en suis-je ? L’auto-évaluationL’atelier de rappelLe livret PDF
Astuce
GLOSSAIRE
Les mots de cette présentation (1/2)
- antiagrégants
- Médicaments qui limitent l’activation ou l’agrégation des plaquettes.
- anticoagulants
- Médicaments qui freinent la coagulation ; ils ne sont pas des dissolvants directs du caillot.
- antithrombine
- Frein physiologique de la coagulation dont les héparines renforcent l’action.
- AVK
- Antivitamines K : anticoagulants dont l’effet est suivi par l’INR.
- fibrine
- Protéine formant le réseau qui consolide le caillot. À distinguer du fibrinogène soluble.
- fibrinogène
- Précurseur soluble transformé en fibrine par la thrombine. Facteur I.
- fibrinolytiques
- Médicaments favorisant la dégradation de la fibrine d’un caillot. Aussi appelés thrombolytiques.
- HBPM
- Héparines de bas poids moléculaire : activité surtout anti-Xa, avec une activité anti-IIa moindre.
Définitions reprises du glossaire du cours.
GLOSSAIRE
Les mots de cette présentation (2/2)
- INR
- Rapport international normalisé dérivé du temps de Quick, utilisé pour suivre l’effet des AVK.
- méléna
- Selles noires correspondant à du sang digéré ; signe possible de saignement digestif.
- plaquettes
- Petits éléments sanguins sans noyau qui adhèrent, s’activent et s’agrègent au niveau d’une lésion.
- plasmine
- Enzyme qui dégrade la fibrine. Issue de l’activation du plasminogène.
- TCA
- Temps de céphaline activée : test de coagulation, utilisé notamment dans certains suivis d’HNF.
- thrombine
- Facteur IIa : enzyme qui transforme notamment le fibrinogène en fibrine.
- TIH
- Thrombopénie induite par l’héparine : complication immunologique qui peut favoriser des thromboses.
Définitions reprises du glossaire du cours.
APRÈS VOTRE ESSAI
Corrigés (1/2)
C. Un antiagrégant : il agit sur les plaquettes.
Oui. Empêcher l’agrégation, c’est freiner le premier verbe : assembler.
n° 2 · La cible prescrite est 2–3. L’INR mesuré est 4,2. Que retenez-vous ?
B. Au-dessus de la cible : un risque de saignement à signaler.
Oui. 4,2 dépasse la cible : le risque de saignement doit être évalué et transmis, sans décider seul d’une dose.
A. L’INR suit les AVK, pas l’énoxaparine, qui est une héparine.
Oui. L’INR sert au suivi des AVK. Sous HBPM comme l’énoxaparine, une mesure n’est pas systématique ; si elle est indiquée, c’est un dosage anti-Xa adapté.
APRÈS VOTRE ESSAI
Corrigés (2/2)
n° 4 · Voir un raisonnement possible
- Identifier : l’acénocoumarol est un AVK, l’aspirine un antiagrégant ; deux leviers, et un risque de saignement qui s’additionne.
- Relier : une infection et un nouvel antibiotique peuvent déséquilibrer l’effet d’un AVK.
- Vérifier : le dernier INR, les signes de saignement, les interactions, notamment avec l’amiodarone, et la façon d’avaler les comprimés.
- Transmettre : les éléments nouveaux, pour que l’équipe réévalue le suivi de l’INR.
n° 5 · Comparer avec un raisonnement
Hypothèse : un saignement digestif, avec une possible anémie ; une hypothèse, pas une certitude.
Priorité : alerter sans attendre, l’essoufflement au repos est préoccupant.
Transmettre : les signes et leur évolution, les constantes, les traitements et dernières prises, la cible et le dernier INR, l’antibiotique ajouté.
n° 6 · Expliquer avec vos mots
- Ce qui est freiné : la fabrication de facteurs capables d’agir, grâce à la vitamine K.
- Ce qui reste : les facteurs déjà présents.
- À quoi l’on compare l’INR : la cible prescrite.
L’AVK freine le recyclage de la vitamine K, dont le foie a besoin pour fabriquer des facteurs de coagulation capables d’agir. Les facteurs déjà présents continuent de servir quelques jours : l’effet s’installe donc progressivement. L’INR indique où en est cet effet, et on le compare à la cible prescrite.
D’OÙ VIENT CE CONTENU
Sources et crédits
Cette présentation pédagogique a été construite à partir du support Médicaments de l’hémostase · Vincent Zaugg · IFSI Mende · septembre 2026. Les pages citées renvoient au document original.
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Vérifications externes utilisées ici :
- HAS · Bon usage des antiplaquettaires — Recommandations : cibles, associations et risque hémorragique. Référence de principe, pas calendrier individuel de prescription.
- RCP · Acénocoumarol (Mini-Sintrom) — Sections 4.2, 4.4, 4.5 et 5.1 : INR, relais, interactions et mécanisme.
- EMA · Notice officielle en français de l’apixaban (Eliquis) — Information produit en français : inhibition directe réversible du facteur Xa et posologies selon indication.
- RCP · Énoxaparine (Lovenox) — RCP du 04/08/2026, sections 4.2, 4.4, 4.9 et 5.1 : fonction rénale, TCA, protamine, activités anti-Xa et anti-IIa.
- HAS · Anticoagulants oraux — Fiche 2018, section 5 : suivi rénal, hépatique et hémoglobine sous AOD. Les anciennes mentions de commercialisation ou d’antidotes ne sont pas reprises.
D’OÙ VIENT CE CONTENU
Sources et crédits (suite)
Vérifications externes utilisées ici :
- HAS · Surveillance biologique des anticoagulants — Flash sécurité patient, octobre 2023 : surveillance adaptée, fonction rénale et transmission.
- HAS · Prévention et traitement de la thrombopénie induite par l’héparine (TIH) — Recommandation de bonne pratique : calcul du score 4T, confirmation biologique et éviction absolue de toute héparine.
- RCP · Altéplase (Actilyse) — Sections 4.1, 4.4 et 5.1 : indications, risque hémorragique et mécanisme fibrinolytique.
- UNESS · Physiologie de l’hémostase — Chapitre Hémostase : plaquettes, coagulation, fibrinolyse. Archive universitaire ; utilisée pour la physiologie, pas pour les prescriptions actuelles.
- RCP · Dabigatran étexilate — Sections 4.2, 4.5 et 5.2 : gélules entières, P-gp, élimination et métabolisme.